Trois publications récentes autour de The Army Painter dressent, ensemble, un panorama du hobby : un entretien avec la peintre canadienne Courtney DeVries, un lexique consacré au glacis, et une plongée dans la série Monde fantôme de Sam Lenz. Trois angles complémentaires pour approcher la peinture de figurines par le style, la technique et la mise en scène.

Courtney DeVries : trouver son style

Peintre canadienne et enseignante à l’international, Courtney DeVries a commencé la peinture de figurines via les jeux de plateau. Sa toute première figurine peinte fut un Jedi issu d’un jeu de plateau Star Wars.

Visuel The Army Painter
© The Army Painter — source

Ce sont les retours reçus et l’envie constante de progresser qui l’ont maintenue engagée dans le loisir depuis ses débuts. Ses sujets de prédilection oscillent entre figures naturelles — oiseaux, souris — et monstres grotesques.

Visuel The Army Painter
© The Army Painter — source
Visuel The Army Painter
© The Army Painter — source

Sa palette revient invariablement à des verts et bruns désaturés. Elle reconnaît continuer à travailler la préparation du modèle et les fondamentaux, qu’elle considère comme des axes d’amélioration permanents.

Visuel The Army Painter
© The Army Painter — source

Longtemps convaincue que maîtriser des techniques avancées comme le NMM (métal non métallique) suffisait à définir un bon peintre, elle a fini par comprendre que trouver un style personnel comptait davantage. Comme elle le résume : « Pour mon style, j’adore imiter ce que j’observe dans la nature et peindre pour rendre la texture du monde réel. »

Visuel The Army Painter
© The Army Painter — source

Le vert et le brun demeurent ses couleurs favorites. Elle peint en écoutant de la musique ou des vidéos de peinture, et puise son inspiration dans des endroits inattendus — au sol, dans la terre notamment.

Le glacis, mode d’emploi

Le deuxième volet s’attaque à un terme récurrent du vocabulaire du peintre : le glacis. Il s’agit d’une technique reposant sur des couches de peinture fines et translucides appliquées sur une surface existante afin d’en modifier la couleur, d’adoucir des transitions ou de construire progressivement rehauts et ombrages. La peinture sous-jacente reste visible à travers le glacis, elle n’est pas recouverte.

Le glacis permet d’unifier des transitions, de teinter une zone en plus chaud, froid, clair ou sombre, de bâtir des rehauts subtils, d’approfondir des ombres, d’enrichir une couleur ou de corriger un fondu raté. Le terme vient de la peinture traditionnelle, où des couches transparentes appliquées sur une peinture sèche décalaient la couleur et créaient de la profondeur.

Visuel The Army Painter
© The Army Painter — source

Concrètement, le glacis lisse les fondus striés ou crayeux en créant des tons intermédiaires entre les couches de rehauts. Il autorise un changement de couleur sans tout reprendre : refroidir un métal avec un bleu, réchauffer une carnation avec un rouge. Répété, il permet de bâtir lumière et ombre avec un contrôle fin, tout en préservant les détails de surface grâce à sa consistance très diluée.

La différence avec un lavis est nette : le lavis s’applique généreusement et coule dans les creux pour ombrer rapidement, tandis que le glacis se place avec contrôle, précisément là où le changement de couleur est voulu. Les erreurs classiques du débutant : trop de peinture (mares et auréoles de séchage), croire qu’une seule couche suffira, travailler sur une couche encore humide, ou appliquer les glacis au hasard plutôt que de façon ciblée.

Le glacis n’est pas obligatoire, mais il devient utile pour obtenir des fondus plus doux, des couleurs plus riches, de meilleures carnations et des transitions plus tendres, une fois les aplats de base et le layering acquis. Il intervient généralement après le layering pour lisser les transitions, après les rehauts pour unifier les tons, pendant la peinture des carnations pour apporter vie et variation, pendant l’ombrage pour creuser les recoins, et en fin de travail pour enrichir la couleur. C’est une étape de raffinement, sur un modèle déjà bien avancé.

La technique demande patience, répétition et retenue, mais elle enseigne une vraie conscience des couleurs. Elle donne le meilleur avec des peintures qui se diluent bien et maintiennent leur suspension pigmentaire, associées à des pinceaux de qualité à pointe nette.

Sam Lenz et Monde fantôme

Sam Lenz développe Monde fantôme comme une série évolutive de pièces d’exposition de science-fiction. Le projet déplace volontairement le curseur de la précision technique vers l’ambiance, la composition et la narration visuelle. Il s’appuie sur des figurines Infinity de Corvus Belli, augmentées de socles scratch-buildés et de détails d’environnement. L’ensemble est unifié par des palettes monochromatiques marquées, des effets graphiques et un langage narratif commun.

Visuel The Army Painter
© The Army Painter — source

Chaque pièce de la trilogie a émergé naturellement de la précédente, par expérimentation plutôt que planification rigide. Toutes les figurines partagent une palette resserrée dominée par un ton monochromatique, tout en gardant leur identité propre. Les schémas individuels varient : rouges et oranges saturés, bleus glacés, violets pâles rehaussés de jaunes lumineux.

Visuel The Army Painter
© The Army Painter — source

La série privilégie les formes graphiques franches, les dégâts de bataille exagérés, les textures rugueuses et les contrastes chromatiques puissants plutôt que les transitions parfaitement propres. Le travail du concept artist Pascal Blanché a nourri le projet, en particulier son mélange de texture picturale, de palettes saturées et de formes SF stylisées.

La narration visuelle passe par des armures rayées et abîmées, des socles scratch-buildés, des débris flottants, des choix de couleurs surréels, des détails d’environnement et des silhouettes dramatiques. Le socle compte autant que la figurine : passerelles brisées, cloches suspendues, débris industriels, câbles apparents, terrains fragmentés. L’approche de world-building ouvert doit également au jeu d’escarmouche Space Station Zero.

Les choix chromatiques cherchent à communiquer une émotion — tension, danger, mystère, mouvement — plutôt qu’à représenter fidèlement le réel. La série illustre une idée simple : la progression artistique surgit souvent quand le peintre abandonne le perfectionnisme au profit d’une expression visuelle qui a du sens.

Source : The Army PainterThe Army PainterThe Army PainterThe Army Painter